Que sont les tiers-lieux ?
Introduit par le sociologue Ray Oldenburg, le tiers-lieu est défini comme un environnement « en dehors du domicile et du lieu de travail où les gens peuvent se retrouver, se détendre et éprouver un sentiment d’appartenance », un lieu de rassemblement public informel distinct des espaces domestiques/résidentiels (« premiers lieux ») et des environnements professionnels/universitaires (« seconds lieux »).1,2
Exemples de tiers-lieux sur le campus1,3-5 :
- Bibliothèques
- Centre culturel
- Cafés
- Salles communes
- Réfectoires
- Jardins et parcs extérieurs
- Bancs dans les couloirs des salles de classe
- Salles de jeux
- Salles de sport
- Salons étudiants
Pourquoi ces espaces sont-ils importants pour la santé mentale des étudiants-es ?
La conception et l’atmosphère des espaces physiques jouent un rôle important dans le soutien de la santé mentale des étudiants-es. Il a été démontré que les tiers-lieux réduisent l’isolement social et le stress, tout en améliorant l’humeur et la productivité.6 Des environnements accueillants et inclusifs contribuent à atténuer les symptômes des troubles mentaux en favorisant un sentiment d’appartenance, de sécurité et d’utilité. Ils encouragent également les étudiants-es à participer à des activités quotidiennes telles que les relations sociales, les courses, la participation à des services religieux, le travail et la prise en charge de leur santé, qui sont essentielles à leur bien-être général.7 De plus, la conception de l’environnement, notamment la lumière naturelle, la végétation, les textures apaisantes et les couleurs chaudes (par exemple, le beige, le kaki, le jaune pâle, le marron) peut influencer l’humeur et le comportement, réduire le stress et favoriser la régulation émotionnelle.8 Ces caractéristiques sont souvent liées aux principes de la conception biophilique, qui met l’accent sur l’intégration d’éléments naturels dans les environnements bâtis afin de favoriser le bien-être.
Il est important de reconnaître que les tiers-lieux sont profondément personnels et varient d’un-e étudiant à l’autre.1 Pour un-e étudiant-e, la bibliothèque peut être un endroit silencieux où étudier (et non un tiers-lieu), tandis que pour un autre, c’est un endroit où se détendre, écouter de la musique ou retrouver des amis-es.3 Sur le campus, ce n’est pas seulement la nature d’un espace qui compte, mais aussi la façon dont les étudiants-es l’utilisent.
Faites une pause et réfléchissez
Prenez un moment pour penser à votre tiers-lieu préféré.
- Où se trouve-t-il ?
- Comment l’utilisez-vous (par exemple, pour vous détendre, socialiser, réfléchir) ?
- Qu’est-ce qui le rend confortable ou réconfortant pour vous ?
Les établissements d’enseignement postsecondaire doivent prêter attention aux lieux où les étudiants-es se réunissent pour échanger, socialiser et se sentir à l’aise, en reconnaissant que les besoins et les environnements préférés peuvent varier selon l’année d’études. Par exemple, les étudiants-es de première année traversent d’importantes transitions sociales et académiques et tirent profit des espaces qui favorisent les liens sociaux.9 En revanche, les étudiants-es des années supérieures peuvent accorder plus d’importance aux espaces calmes et flexibles qui facilitent la concentration et l’attention académique.10
Il est essentiel d’inclure les étudiants-es dans la conception conjointe des espaces, car leur contribution aide à créer des environnements qui favorisent davantage l’apprentissage et le bien-être. Mäkelä et al.11 ont montré que la participation étudiante améliore la compréhension de l’interaction entre les facteurs physiques et psychosociaux, ce qui conduit à des conceptions plus équilibrées et fonctionnelles. Les espaces doivent être inclusifs, accessibles et adaptés aux besoins divers et évolutifs de tous les étudiants-es.
- Ce qui rend un tiers-lieu spécial, ce n’est pas le cadre physique en lui-même, mais la signification que les étudiants-es lui attribuent et la manière dont il contribue à leur sentiment d’appartenance et à leur bien-être.1
Concevoir des tiers-lieux efficaces sur le campus
Pour être véritablement favorables et inclusifs, les tiers-lieux doivent être5:
- Gratuits : accessibles sans obligation d’achat ou de location pour les étudiants-es
- Spacieux et peu fréquentés : offrant un certain confort
- Répartis sur l’ensemble du campus : ne pas se limiter à un seul bâtiment ou à une seule zone
- Répondant à différents besoins : inclure à la fois des espaces calmes et des espaces sociaux
- Co-créés avec les membres de la communauté : impliquer le corps étudiant, le corps enseignant et le personnel dans le processus de conception
- Accessibles à tous : adaptés aux étudiants-es ayant un handicap physique, une sensibilité sensorielle et/ou une neurodivergence
- Culturellement inclusifs : reflétant l’identité de tous les étudiants-es à travers un art inclusif, des langues diverses et des symboles visibles d’appartenance (par exemple, une signalisation multilingue, des œuvres d’art autochtones, des drapeaux arc-en-ciel qui signalent le soutien aux étudiants-es 2ELGBTQIA+)
Conception biophilique
La biophilie est l’attirance innée de l’être humain pour la nature. La conception biophilique consiste à créer des environnements qui reflètent des éléments du monde naturel, aidant ainsi les gens à se sentir plus connectés à la nature, et peut être appliquée aux espaces intérieurs. Cela peut inclure des éléments tels que des plantes d’intérieur, la lumière du soleil, des matériaux naturels et même de l’eau.12 Des recherches montrent que le design biophilique peut avoir un impact positif sur la santé mentale en réduisant le niveau de stress, en améliorant l’humeur et en améliorant la qualité globale de l’environnement et le bien-être.12 Même de petits ajouts, comme l’ajout de plantes dans les salles de classe, ont été associés à une augmentation de la productivité scolaire chez les étudiants-es de l’enseignement postsecondaire.12
Approches de la conception biophilique sur le campus13,14
- Intégrer des vues dégagées sur la verdure depuis les espaces intérieurs tels que les salles de classe, les bureaux et les tiers-lieux.
- Réduire les bruits urbains à l’aide de barrières acoustiques naturelles ou d’un aménagement paysager stratégique.
- Planter des végétaux locaux résistants qui durent tout au long des saisons, y compris en hiver.
- Donner la priorité aux espaces d’enseignement et aux bureaux dotés de fenêtres laissant entrer la lumière du jour et offrant une vue sur l’extérieur.
- Utiliser des fenêtres qui s’ouvrent pour faire entrer de l’air frais et permettre de légers changements de température.
- Afficher des images sur le thème de la nature, telles que des images de végétation sur des écrans numériques avant les cours et sur les fonds d’écran des ordinateurs de la bibliothèque.
- Décorer les espaces avec des revêtements muraux, des images et des œuvres d’art réalisées par les étudiants-es qui intègrent des thèmes, des motifs et des couleurs naturels.
- Intégrer des sons apaisants de la nature (par exemple, le chant des oiseaux ou le bruit de l’eau) dans les zones d’étude calmes ou les tiers-lieux.
- Encouragez les étudiants-es à passer plus de temps à l’extérieur, notamment en organisant des cours ou des séances d’étude en plein air, et pour socialiser. Lors des journées plus froides ou en hiver, proposez des alternatives à l’intérieur qui permettent de se connecter à la nature, telles que des espaces de lecture ensoleillés ou des zones avec des plantes d’intérieur.
Exemple : le mur végétal de l’université d’Ottawa combine une installation végétale géante à l’intérieur avec des œuvres d’art autochtones, créant ainsi un tiers-lieu visuellement attrayant et réparateur pour les étudiants-es.

Photo tirée de : https://www.uottawa.ca/fr/toutes-nouvelles/revitaliser-heritage-art-autochtone-stephanie-tenasco-transforme-mur-vegetal
Idées innovantes pour l’utilisation de l’espace en tiers-lieux
1. Réutiliser les espaces existants
Transformez les zones sous-utilisées du campus en environnements centrés sur les étudiants-es :
- Convertissez les salles de classe, les salles de conférence, les zones de stockage ou même les anciens pubs du campus inutilisés en salons pour étudiants-es, en zones calmes pour la détente, en espaces conçus pour favoriser les relations avec les autres et en espaces de soutien entre pairs-es
- Exemple : à l’université Laurentienne, un pub du campus inutilisé a été réaménagé en un magasin gratuit très animé, qui sert de centre de collecte de vêtements, d’articles ménagers et d’autres produits de première nécessité donnés par les étudiants-es, les enseignants-es et le personnel. Le magasin fournit non seulement des articles gratuits, mais favorise également un sentiment de communauté et de durabilité. Parallèlement, il propose des ateliers tels que « Dress for Success » (S’habiller pour réussir), qui guide les étudiants-es sur la manière de se présenter lors d’entretiens d’embauche et dans des contextes professionnels, et « Budgeting » (Gérer son budget), qui aide les individus à gérer leurs finances.
- Exemple : l’université OCAD a transformé une partie de son centre de bien-être étudiant en un espace dynamique animé par les étudiants-es, appelé « Living Room » (salon). Conçu en collaboration avec les étudiants-es, cet espace est un lieu accueillant propice à la détente, où l’on se sent comme chez soi, avec des sofas, des coussins de méditation, des chaises et des tables, parfaits pour discuter et créer des liens. Une cuisine propose des collations tandis que les étudiants-es peuvent discuter avec des animateurs-trices ou participer à des activités telles que « Pizza et co-design », « Artisanat relaxant » et « Atelier de breloques de téléphone ». L’espace est également agrémenté de plantes et d’œuvres d’art créées par les étudiants-es, ce qui en fait un lieu propice à la création d’une communauté. Des postes de bénévoles sont également disponibles, ce qui permet aux étudiants-es d’acquérir des compétences dans des domaines tels que la gestion budgétaire, la stratégie marketing, la prise de parole en public, etc.
2. Espaces bien-être éphémères
Mettre en place des installations mobiles et temporaires qui s’adaptent aux besoins des étudiants-es :
- Espaces de pleine conscience/méditation
- Espaces de pair-aidance sans rendez-vous
- Tables d’art-thérapie ou zones de créativité
3. Espaces d’étude et de repos en plein air
Utiliser les espaces verts sous-exploités pour créer des tiers-lieux informels :
- Installez des bancs, des zones ombragées ou des hamacs pour favoriser la détente
- Envisagez des partenariats avec des organisations communautaires ou des centres pour jeunes à proximité afin de créer des tiers-lieux supplémentaires pour les étudiants-es
En créant ou en concevant intentionnellement des éléments inclusifs et biophiliques dans les tiers-lieux du campus, les établissements d’enseignement postsecondaire peuvent offrir au corps étudiant des environnements qui favorisent le bien-être, encouragent l’engagement et soutiennent la réussite scolaire.
Références
- Santé mentale en milieu scolaire Ontario. Qu’est-ce que ton tiers-lieu ? [Internet]. Santé mentale en milieu scolaire Ontario; 2025 [repéré en 2025, 13 août]. Disponible à : https://smho-smso.ca/quest-ce-que-ton-tiers-lieu/
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