Introduction

Les étudiants-es de l’enseignement postsecondaire évoluent dans un monde de plus en plus incertain. Les défis mondiaux tels que le changement climatique, les troubles politiques, l’instabilité économique et les urgences sanitaires peuvent perturber la vie scolaire et personnelle des étudiants-es, augmenter leur stress et leur anxiété, et nuire à leur bien-être, à leur engagement et à leur sentiment de sécurité.1-6 Parmi les exemples actuels, citons les conflits en cours au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe de l’Est, l’inflation généralisée avec des prix élevés et des dettes dans le monde entier, accompagnée de manifestations et de tentatives de coups d’État, les effets persistants de la pandémie de la COVID-19, etc.

Ce que vivent les étudiants-es7-9

Les étudiants-es ressentent les effets de cette instabilité de plusieurs manières :

  • Les difficultés financières et l’insécurité des besoins fondamentaux : la hausse des coûts, l’endettement élevé des étudiants-es et la dépendance à l’égard de multiples sources de financement contribuent à l’insécurité alimentaire, à l’insécurité en matière du logement et à l’insécurité médicale.
  • Le poids de l’ère numérique : l’exposition constante aux crises mondiales par l’intermédiaire des réseaux sociaux et des plateformes numériques conduit à des phénomènes tels que le « défilement morbide », où la consommation continue d’informations négatives accentue l’anxiété et la dépression.
  • L’incertitude de l’emploi : l’accélération de l’IA introduit une incertitude quant à la pertinence future du marché du travail. Cette incertitude est accentuée par la difficulté actuelle du marché à trouver un emploi dans son domaine, ce qui conduit à des périodes de recherche d’emploi stressantes.
  • Les impacts sur la santé mentale : l’incertitude à long terme augmente le risque de dépression, d’anxiété et d’épuisement professionnel, peut nuire à l’apprentissage et aggraver des troubles mentaux préexistants.
  • L’éco-anxiété : les préoccupations liées au climat contribuent à un sentiment d’instabilité et d’inquiétude quant à l’avenir.
  • Le manque de ressources : malgré l’existence d’aides financières et de soutien en matière de santé mentale, de nombreux-ses étudiants-es ne connaissent pas ces ressources ou ne se sentent toujours pas soutenus-es par leur établissement. Certains-es étudiants-es peuvent également ne plus remplir les critères d’éligibilité pour bénéficier d’une aide financière ou de certaines formes de couverture/assurance en matière de santé mentale.

Défis pour les établissements et le corps enseignant

Les établissements d’enseignement postsecondaire connaissent également des changements rapides et complexes. Les technologies émergentes, notamment l’essor de l’intelligence artificielle (IA), les changements démographiques et les modifications du financement public contribuent à l’incertitude systémique. Ces pressions obligent les établissements à planifier, à adapter leurs politiques et procédures et à adopter des approches flexibles en matière d’enseignement, d’apprentissage et de soutien au corps étudiant.1

Le corps enseignant et le personnel sont également touchés par ces pressions. La rigidité institutionnelle, les ressources limitées, les contraintes financières sévères, les exigences en matière de leadership et l’épuisement professionnel influencent à la fois leur bien-être et leur capacité à soutenir efficacement le corps étudiant.2

Le rôle du corps enseignant et du personnel

Malgré ces défis, les établissements d’enseignement postsecondaire et le corps enseignant jouent un rôle essentiel dans le soutien aux étudiants-es en ces temps incertains. En apportant stabilité, empathie et ressources pratiques, le corps enseignant et le personnel peuvent aider les étudiants-es à gérer leur stress, favoriser leur réussite et renforcer leur résilience.10

Cette fiche d’information fournit des conseils et des stratégies pour aider le corps enseignant et le personnel à relever ces défis complexes.

Comment le corps enseignant et le personnel peuvent aider10,11

  1. Suivre une formation et appliquer des modèles d’intervention
  • Participer régulièrement à des formations sur la santé mentale, notamment sur la gestion des crises, la résolution des conflits et la prévention du suicide. Selon le contexte, cela peut également inclure une formation sur la sécurité culturelle et les pratiques tenant compte des traumatismes afin de garantir que le soutien apporté réponde aux divers besoins des étudiants-es.
  • Se renseigner sur les ressources institutionnelles et les voies d’aiguillage vers l’aide financière, le counseling, les services d’accessibilité, les programmes alimentaires/de logement et les programmes de pair-aidance.
  • Utiliser des outils pratiques pour soutenir les interventions proactives, tels que des listes de contrôle, des guides de conversation, des déclarations dans les programmes et des trousse d’outils pertinentes.
  • Appliquez le modèle Plus fort ensemble pour soutenir efficacement les étudiants-es.
    • Reconnaître (apprendre à identifier les changements dans le comportement des étudiants-es, tels que l’absentéisme, la remise tardive des devoirs, le retrait de la participation ou les changements d’humeur)
    • Intervenir (savoir comment aborder et écouter l’étudiant-e)
    • Aiguiller (être prêt à mettre l’étudiant-e en relation avec les ressources appropriées du campus)

2. S’engager par le lien et l’empathie

  • Mettre l’accent sur l’établissement de relations, en privilégiant le lien avant le contenu du cours.
  • Offrir une certaine souplesse en matière de délais (dans la mesure du possible), d’assiduité, de mesures d’adaptation pour favoriser le bien-être des étudiants-es et d’accès aux soutiens (par exemple, enregistrements et/ou options asynchrones).
    • Remarque : reconnaissez que les enseignants-es sont souvent liés-es par les règles institutionnelles. Lorsque vous offrez une certaine flexibilité, il est important de souligner les limites de ce qui est possible dans le cadre de la politique existante.
  • Créer des espaces inclusifs et sûrs sur le campus et en ligne où les étudiants-es peuvent partager leurs difficultés et se ressourcer.

3. Collaborer avec ses collègues

  • Identifier et travailler avec les enseignants-es champions-nes ou les agents-es de liaison en santé mentale pour obtenir des conseils et du soutien.
  • Partager des connaissances et ressources avec les pairs-es afin de renforcer le soutien à l’échelle du campus, d’étendre la portée des départements, d’éviter le cloisonnement et de se connecter aux ressources communautaires.

4. Donner l’exemple en matière d’autocompassion et de bien-être

  • Donner la priorité à sa santé mentale personnelle afin de rester efficace dans le soutien apporté aux étudiants-es.
  • Encourager une culture dans laquelle le personnel/le corps enseignant et les étudiants-es peuvent discuter ouvertement de la santé mentale sans stigmatisation.
  • Favoriser la résilience personnelle par des pratiques de réflexion.

5. Participer à des solutions structurelles

  • Contribuer à l’élaboration de politiques, de programmes, de cursus et d’initiatives de bien-être à l’échelle du campus.
  • S’engager dans la planification post-intervention et dans des protocoles de réponse structurés après une crise.
  • Promouvoir des stratégies institutionnelles qui intègrent la santé mentale dans les programmes d’études et la vie sur le campus.

Conclusion

Le corps enseignant et le personnel sont plus efficaces lorsqu’ils combinent sensibilisation, empathie, stratégies pratiques et collaboration, tout en prenant soin de leur propre santé mentale. Leur implication proactive crée un environnement universitaire plus sûr et plus favorable pour tous. Atteindre ce niveau de soutien est un défi. Le corps enseignant et le personnel travaillent souvent dans des systèmes où le soutien institutionnel est limité, les structures administratives rigides et les ressources rares. Ils peuvent déjà souffrir d’un épuisement professionnel extrême en raison d’une charge de travail importante et de l’enseignement de plusieurs cours. Il est essentiel de reconnaître cette réalité ; les établissements doivent prendre conscience qu’il est impossible d’apporter un soutien durable au corps étudiant sans investir dans le bien-être et le soutien structurel de leurs enseignants-es et de leur personnel.

Ressources supplémentaires du CISMC

Plus forts ensemble – Cours en ligne

Changement climatique et santé mentale – Fiche d’information

L’importance de problématiser la résilience – Fiche d’information

Médias sociaux et dépendance au téléphone cellulaire – Fiche d’information

Tension empathique – Fiche d’information

Quelques pistes pour vous rétablir de l’épuisement professionnel – Fiche d’information

L’intervention de crise de santé mentale – Trousse d’outils

Réussir en classe – Trousse d’outils (en anglais seulement)

Norme nationale postsecondaire – Trousse d’outils

Soutenir la résilience sur le campus – Webinaire (en anglais seulement)


Références

  1. Rostek MA. Making sense of the future of post-secondary education. Article présenté à : Higher Education in Transformation Symposium; 2016, 2-6 novembre; Oshawa, ON.
  2. Johnson N, Seaman J, Seaman J. A hopeful future? Preparedness and optimism–pessimism about the future of post-secondary education. Open Praxis. 2024;16(3):311-25. doi:10.55982/openpraxis.16.3.603
  3. Murthy RS, Lakshminarayana R. Mental health consequences of war: a brief review of research findings. World Psychiatry. 2006;5(1):25-30.
  4. van Nieuwenhuizen A, Hudson K, Chen X, Hwong AR. The effects of climate change on child and adolescent mental health: clinical considerations. Curr Psychiatry Rep. 2021;23(12):88. doi:10.1007/s11920-021-01296-y
  5. GreenShield, Mental Health Research Canada. Economic pressures have left over 80% of Canadian youth feeling stressed and anxious about their future ‑ yet barriers to accessing mental health support persist [Internet]. Toronto: Newswire; 2025 [repéré le 2 décembre 2025]. Disponible à : https://www.newswire.ca/news-releases/economic-pressures-have-left-over-80-of-canadian-youth-feeling-stressed-and-anxious-about-their-future-yet-barriers-to-accessing-mental-health-support-persist-897855767.html
  6. Limone P, Toto GA, Messina G. Impact of the COVID-19 pandemic and the Russia-Ukraine war on stress and anxiety in students: a systematic review. Front Psychiatry. 2022;13:1081013. doi:10.3389/fpsyt.2022.1081013
  7. Mowreader A. College students lack housing, food, reliable transportation [Internet]. Washington, D.C.: Inside Higher Ed; 2025 [repéré le 18 novembre 2025]. Disponible à : https://www.insidehighered.com/news/student-success/college-experience/2025/04/29/college-students-lack-housing-food-reliable
  8. Satici SA, Gocet Tekin E, Deniz ME, Satici B. Doomscrolling Scale: its Association with Personality Traits, Psychological Distress, Social Media Use, and Wellbeing. Appl Res Qual Life. 2023;18(2):833-47. doi:10.1007/s11482-022-10110-7
  9. Tavolacci M, Ladner J. Eco-anxiety: an additional burden for university students? Eur J Public Health. 2024;34(Suppl 3): ckae144.1352. doi:10.1093/eurpub/ckae144.1352
  10. Riba EB. Towards defining the faculty role in supporting student mental health. Curr Psychiatry Rep. 2025; 27:319-25. doi:10.1007/s11920-025-01599-4
  11. Brewer M, van Kessel G, Sanderson B, Carter A. Enhancing student resilience by targeting staff resilience, attitudes, and practices. High Educ Res Dev. 2021. doi:10.1080/07294360.2021.1877622