Les programmes d’ingénierie des établissements de niveau postsecondaire de l’Ontario sont réputés pour être très intensifs en raison de leur cursus rigoureux (c’est-à-dire 6 cours plus des travaux pratiques chaque semestre au lieu des 5 habituels) et de leurs exigences élevées. La nature de ces programmes peut exercer une pression énorme sur les étudiants-es, affectant leur santé mentale et leur bien-être général. Afin de mieux soutenir la santé mentale et le bien-être des étudiants-es en ingénierie, il est important d’être conscient des pressions particulières auxquelles ils et elles sont confrontés-es et du rôle de la culture du stress en ingénierie.
La culture du stress en ingénierie (CSI)
La culture du stress n’est pas propre aux programmes d’ingénierie, mais la CSI fait référence aux environnements très stressants et à la mauvaise santé mentale qui sont à la fois attendus et normalisés par les étudiants-es en ingénierie.1 La culture de l’ingénierie sur le campus peut être intense ; le stress élevé, les nuits blanches et la compétition entre camarades de classe sont considérés comme faisant partie intégrante du programme. Les normes culturelles de ces programmes, et de la profession en général, perpétuent continuellement la notion de productivité au détriment du bien-être personnel, ce qui peut être difficile à accepter pour les étudiants-es.2 Conformément à ces normes culturelles, les étudiants-es en ingénierie, par rapport à d’autres domaines, sont parmi les moins susceptibles de signaler des symptômes d’anxiété, de stress et de dépression, et de rechercher de l’aide.2,3
Au lieu de compter sur des conseillers-ères ou d’autres services de soutien sur le campus pour les aider à faire face aux exigences des cours, les étudiants-es en ingénierie ont tendance à se tourner vers leurs camarades.1 Au sein d’un groupe d’amis-es ingénieurs, il existe une compréhension commune de l’environnement très stressant, ce qui normalise leurs expériences et accentue encore davantage la CSI.1
Une étude menée par Jensen et al.1 a identifié 3 types d’obstacles que les étudiants-es en ingénierie rencontrent/perçoivent lorsqu’ils et elles cherchent à obtenir un soutien en matière de santé mentale :
- Les obstacles physiques
- Cela fait référence aux horaires de cours, au temps libre disponible et à leur emplacement sur le campus ou en dehors. Ils et elles ont l’impression qu’ils et elles doivent « consacrer du temps » afin de régler leurs problèmes de santé mentale, mais ils et elles ont souvent le sentiment que le fait de l’intégrer dans leur emploi du temps chargé pourrait causer plus de détresse au lieu de la soulager.
- Les obstacles culturels
- L’idée que la CSI fait « partie du quotidien » des étudiants-es en ingénierie, ce qui renforce la stigmatisation liée à la recherche d’aide. La notion perpétuelle de réussite académique est prioritaire par rapport à la santé mentale.
- Les obstacles liés à l’information
- Cela fait référence au manque d’informations sur les ressources en matière de santé mentale disponibles sur les campus. Souvent, les étudiants-es savent que ces ressources existent, mais ne savent pas si elles s’appliquent à eux/elles, comment y accéder, comment les utiliser, ou sont confus-ses quant aux procédures liées aux services de counseling.
Intersection entre la santé mentale et les programmes d’ingénierie
Les facteurs qui contribuent aux problèmes de santé mentale couramment observés chez les étudiants-es en ingénierie sont les suivants4 :
- Pression académique : la recherche constante de l’excellence académique (à travers les cours, les stages, les projets de recherche et les activités extrascolaires) peut accroître le stress et générer un sentiment de culpabilité si les étudiants-es obtiennent une note qu’ils et elles n’ont jamais eue auparavant. Il peut être difficile de s’en remettre. [ENCADRÉ : Pour en savoir plus sur la manière de gérer le stress lié aux tests et aux examens, consultez la fiche d’information du CISMC ici.]
- Isolement social : en raison d’un programme d’études et d’horaires de cours rigoureux.
- Manque de sommeil : en raison de la nature compétitive du programme et de la charge de travail importante.
- Pression familiale : en raison du fait que la famille/les responsables légaux veulent que leur enfant suive le programme, obtienne de bonnes notes et réussisse.
- Déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée : trop d’éléments à gérer, ce qui laisse peu ou pas de temps pour participer à des activités sociales ou s’adonner à des loisirs, ce qui peut entraîner un sentiment de solitude et d’isolement.
- Stress financier : les frais de scolarité (plus élevés que pour d’autres programmes) et les frais de subsistance peuvent être écrasants.
La charge de travail intense et exigeante peut avoir un impact significatif sur le bien-être physique et mental des étudiants-es en ingénierie, notamment, mais sans s’y limiter5 :
->Épuisement professionnel et stress
-> Anxiété
-> Consommation excessive de caféine/alimentation irrégulière
-> Dépression
-> Syndrome de l’imposteur
-> Solitude et isolement
En outre, les étudiants-es en ingénierie qui s’identifient comme femmes, 2ELGBTQIA+, autochtones et/ou qui font partie d’un groupe méritant l’équité, courent un risque plus élevé de vivre des problèmes en matière de santé mentale et d’être exposés-es à des microagressions.2
Comment soutenir les étudiants-es en ingénierie
Sensibiliser aux services et aux soutiens en matière de santé mentale sur les campus
Au début du semestre, les étudiants-es sont souvent informés-es des soutiens et des services à leur disposition, mais ils et elles ne se souviennent rarement de ces informations au moment où ils et elles en ont besoin. Dans cette optique, il est important de promouvoir en permanence les services disponibles pour les étudiants-es, ce qu’ils offrent et la procédure pour y accéder.
Envisagez des programmes spécialisés/ciblés de promotion de la santé et de santé mentale pour les étudiants-es en ingénierie sur les campus (par exemple, des ateliers sur la gestion du temps, des séances d’information sur le stress et l’épuisement professionnel). Que ce soit par le biais de stands, de programmes ou d’autres formes de sensibilisation, le fait d’améliorer la visibilité de vos services/programmes dans les bâtiments dédiés aux STIM peut améliorer la sensibilisation et la prise de conscience. Vous pouvez également envisager d’intégrer des bureaux de counseling dans les bâtiments d’ingénierie du campus, avec des horaires qui reflètent mieux les programmes d’ingénierie et qui leur sont spécifiques.
Encourager la résilience
La résilience ne consiste pas à réprimer/engourdir ses émotions ou à être invincible dans les moments difficiles, mais à être capable de s’adapter à une situation difficile de manière à préserver son bien-être psychologique. Sachant cela, essayez de promouvoir auprès des étudiants-es un état d’esprit de croissance qui considère les erreurs comme une occasion d’apprendre et reconnaît que votre intelligence et vos connaissances peuvent se développer et s’améliorer grâce à l’apprentissage, aux efforts et à la prise de risques. [ENCADRÉ : Aucun concept n’est parfait, il est donc important pour nous d’examiner minutieusement les concepts que nous utilisons pour favoriser la réussite des étudiants-es. En ce qui concerne la résilience, consultez notre fiche d’information intitulée L’importance de problématiser la résilience pour en savoir plus à ce sujet.]
L’autocompassion est un autre aspect crucial du développement de la résilience, car elle peut aider à surmonter plus facilement les défis et les revers. Le stress a un impact sur la santé physique et mentale, il est donc important d’encourager régulièrement les étudiants-es à faire preuve d’autocompassion lorsqu’ils et elles sont confrontés-es à des situations académiques stressantes.
Mentorat et ateliers
Le corps enseignant, en particulier les enseignants-es qui dispensent des cours de première année, et le personnel chargé de la santé et du bien-être sur le campus devraient collaborer afin d’intégrer dans les programmes d’études et les activités de promotion de la santé des stratégies visant à favoriser l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, à établir des limites saines, à hiérarchiser les tâches et à acquérir des compétences en gestion du temps. Cela pourrait prendre la forme d’ateliers, de stands ou de présentations par des représentants-es des services étudiants ou des étudiants-es plus âgés-es. Dans le cadre de programmes de pair-aidance ou d’initiatives similaires, envisagez de faire appel à des mentors-es plus âgés-es qui pourront offrir aux étudiants-es soutien, conseils et recommandations. [ENCADRÉ : Pour aider davantage les étudiants-es au-delà de leurs études postsecondaires et les aider à faire la transition entre la vie étudiante et la vie professionnelle, consultez le cours gratuit Vers le marché du travail du CISMC ici.]
Accessibilité et mesures d’adaptation
Envisagez davantage d’options d’accessibilité qui peuvent s’adapter à la culture du stress en ingénierie et reconnaître les différents styles d’apprentissage des étudiants-es, tels que la flexibilité dans la notation, la suppression des notes les plus basses, la prestation des cours, l’allongement des délais/la flexibilité des dates de remise (le chevauchement des délais peut être une source de stress importante pour les étudiants-es en ingénierie), l’ajustement des devoirs/évaluations (c’est-à-dire le choix entre un examen et un projet, plusieurs tests de moindre importance au lieu d’un seul test à enjeux élevés), etc. Pour plus d’informations, consultez la trousse d’outils du CISMC sur l’accessibilité et les mesures d’adaptation ici.
Pleins feux sur les campus
L’Université de Toronto offre de nombreux soutiens spécifiques à l’ingénierie, allant des tuteurs-trices pairs-es aux conseillers-ères spécialisés-es dans l’inclusion et la transition, en passant par des programmes de santé mentale, des équipes de bien-être et bien plus encore.
Le programme de bien-être communautaire de l’Université de Waterloo coordonne les programmes liés au bien-être sur le campus pour la communauté des ingénieurs-es, propose des programmes de luminothérapie et de thérapie avec des animaux de compagnie robots, organise des événements où les étudiants-es peuvent normaliser le fait de prendre une pause pour se ressourcer, et bien plus encore.
À l’université Queen’s, STEMInA (STEM Indigenous Academics) et InEng (Indigenous Futures in Engineering) sont des programmes de soutien et de développement communautaire destinés aux étudiants-es autochtones en STIM. Ces initiatives visent à créer un environnement qui fournit les outils, les bases sociales et académiques et la communauté nécessaires aux étudiants-es autochtones inscrits-es dans des programmes liés aux STIM afin d’atténuer leur sentiment d’isolement.
L’Engineering Cluster de l’université de Guelph est une résidence pour les étudiants-es de première année en ingénierie, où les étudiants-es vivent et étudient avec leurs camarades de classe. Parallèlement, il existe de nombreux clubs spécifiques à l’ingénierie (tels que Ingénieurs sans frontières et Women in Science and Engineering) qui renforcent le sentiment d’appartenance à une communauté chez les étudiants-es en ingénierie de Guelph.
Références
1. Jensen KJ, Mirabelli JF, Kunze AJ, Romanchek TE, Cross KJ. Undergraduate student perceptions of stress and mental health in engineering culture. International Journal of STEM Education. 2023, 24 avril;10(1). doi:10.1186/s40594-023-00419-6
2. Whitwer MD, Wilson SA, Hammer JH, Gomer B. Mental health and treatment use in undergraduate engineering students: A comparative analysis to students in other academic fields of study. Journal of Engineering Education. 2025, janvier;114(1). doi:10.1002/jee.20629
3. Jensen KJ, Cross KJ. Engineering stress culture: Relationships among mental health, engineering identity, and sense of inclusion. Journal of Engineering Education. 2021, avril;110(2):371–92. doi:10.1002/jee.20391
4. Planet E. Behind the books: Exploring the mental health challenges of engineering students [Internet]. 2024 [repéré le 5 août 2025]. Disponible à https://www.linkedin.com/pulse/behind-books-exploring-mental-health-challenges-engineering-w1ksc/
5. Gill A. Mental health and well-being for engineering students [Internet]. 2024 [repéré le 5 août 2025]. Disponible à https://www.linkedin.com/pulse/mental-health-well-being-engineering-students-ankur-gill-np6oc/
