Les lois et mesures actuelles régissant de nombreuses substances psychotropes ont été créées au 20e siècle; ces lois ont été établies dans un contexte de peur, de racisme, de perspectives politiques et morales et à la lumière des connaissances de l’époque.1 Cependant, l’expérience prouve que la criminalisation relative au cannabis n’empêche pas les gens de l’utiliser.2
Au Canada — où la production, la distribution, la vente et la possession de cannabis étaient illégales jusqu’en 2018 — plus de gens consomment cette substance que dans les pays qui adoptent une approche moins rigoureuse.2 En fait, ces lois ont plutôt augmenté les méfaits sociaux associés au cannabis. Par exemple :
- Des milliers de Canadiens sont arrêtés chaque année, ce qui mine leur capacité à obtenir et conserver un emploi;
- Certains groupes sont visés de manière disproportionnée par des inculpations de possession de cannabis;
- La prohibition a motivé le marché clandestin de la drogue, ainsi que le crime et la violence qui y sont associés.2
La figure 2 présente un modèle de politiques visant le cannabis et leurs effets sur le bien-être physique et social. Dans ce modèle, la légalisation du cannabis sans réglementation entraîne un accroissement des marchés commerciaux, ce qui contribue à augmenter les méfaits sociaux et sur la santé. Le Colorado et Washington, où le cannabis est légalisé, ont connu une croissance du marché des produits de cannabis comestibles. Au Colorado, le marché des produits comestibles a pris de l’ampleur en raison du manque de règlements sur les produits comestibles, attirant les personnes qui ne voulaient pas fumer. Cette situation a provoqué une surconsommation et une surdose involontaires.3
À l’autre bout de la courbe, une prohibition totale a donné lieu à un marché criminel non réglementé, qui à son tour a entraîné une hausse des méfaits sociaux et sur la santé.
Au milieu de la courbe se trouve la légalisation avec réglementation rigoureuse, qui est associée à une moins grande quantité de méfaits sociaux et sur la santé. Dans ce type de cadre réglementaire, une approche de santé publique peut être utilisée pour réduire les risques et les méfaits liés au cannabis pour l’ensemble de la population, y compris les interventions ciblées pour les groupes à risque élevé.
Figure 2: Politiques sur le cannabis et les méfaits sociaux et sur la santé : Un modèle conceptuel. Adapté avec la permission d’Apfel.4

References
- Association canadienne de la santé publique. Nouvelle démarche de gestion des substances psychotropes illégales au Canada. Document de travail, 2014. Tiré de : https://www.cpha.ca/sites/default/files/assets/policy/ips_2014-05-15_f.pdf[↩]
- Centre de toxicomanie et de santé mentale. CAMH cannabis policy framework, 2014. Tiré de : https://www.camh.ca/en/camh-news-and-stories/camhs-cannabis-policy-framework-legalization-with-regulation[↩][↩][↩]
- Groupe de travail sur la légalisation et la réglementation du cannabis. Un cadre pour la légalisation et la réglementation du cannabis au Canada. Le rapport final du Groupe de travail sur la légalisation et la réglementation du cannabis, 2016. Tiré de : https://www.canada.ca/fr/services/sante/marijuana-cannabis/groupe-travail-legalisation-reglementation-marijuana/cadre-legalisation-reglementation-cannabis-canada.html[↩]
- Apfel, F. Cannabis: from prohibition to regulation. When the music changes so does the dance. AR Policy Brief 5. Barcelona: ALICE RAP (Addictions and Lifestyles in Contemporary Europe – Reframing Addictions Policy), 2014. Tiré de : http://www.aie.nl/wp-content/uploads/2014/05/AR-Policy-Paper-5.pdf[↩]
