Au fur et à mesure de l’évolution du domaine de la conduite étudiante, nous avons assisté à un changement notable, passant de modèles punitifs à des approches éducatives et réparatrices (Karp & Conrad, 2005). Le processus de conduite n’est plus quelque chose qui arrive aux étudiants-es, mais ceux-ci et celles-ci sont désormais engagés-es en tant que participants-es actifs-ves dans leur propre développement grâce à la responsabilisation, à la réflexion et à la compréhension de l’impact de leurs actions.
Il est essentiel de reconnaître que les pratiques de justice réparatrice sont ancrées dans les traditions autochtones, tant à l’échelle mondiale qu’au Canada (Karp 2013 ; Leung 1999). La mise en œuvre de pratiques de justice réparatrice sur les campus doit être abordée avec sensibilité et respect culturels. Les facilitateurs-trices doivent recevoir une formation aux techniques réparatrices, et les établissements doivent collaborer avec les communautés autochtones locales afin de garantir que les pratiques sont appliquées de manière éthique et appropriée.
De nombreuses politiques institutionnelles ont été élaborées sur la base d’un cadre reflétant les idéologies coloniales, négligeant souvent les réalités des peuples autochtones. Pour comprendre comment ces structures ont créé des traumatismes, consultez la section ci-dessous intitulée « Comment les politiques ont créé des traumatismes et leurs origines dans l’histoire ».
La justice réparatrice n’est pas une tendance ou un mot à la mode, c’est une approche ancrée dans la culture qui est utilisée depuis des générations comme moyen de responsabilisation et de guérison communautaire (Hewitt, 2016). Dans le contexte postsecondaire, elle doit être mise en œuvre avec une compréhension approfondie de ses origines, avec un engagement à honorer ces racines et à affronter l’héritage durable du colonialisme. Selon un rapport du ministère de la Justice du Canada, la décolonisation et la réconciliation marquent le passage d’un colonialisme permanent à une relation de nation à nation fondée sur la reconnaissance, le respect et la coopération (Chartrand & Horn, 2016). Le rapport note également que le colonialisme a profondément détruit les pratiques familiales autochtones et que, comme les relations entre les Autochtones et le Canada restent régies par des structures coloniales, les communautés autochtones ne peuvent souvent pas exercer pleinement leurs traditions juridiques historiques. En adoptant la justice réparatrice d’une manière qui honore le droit et la communauté autochtones, les professionnels-les des campus peuvent soutenir les voies menant à la résistance, à la guérison et à une réconciliation authentique. Pour en savoir plus sur l’impact du colonialisme dans le milieu postsecondaire et sur les stratégies permettant de s’engager dans des pratiques anti-oppressives, les lecteurs-trices sont invités-es à consulter la trousse d’outils sur les pratiques anti-oppressives du CISMC.
Le paysage actuel de la conduite étudiante est de plus en plus façonné par des principes et des approches réparateurs. Waryold et Lancaster (2020) notent que « les praticiens-nes de la conduite étudiante vivent souvent dans un monde où « l’intention prime sur l’impact », car ils et elles travaillent avec des individus et des groupes pour reconnaître que l’intention d’une personne peut être très différente de l’impact qui s’est produit » (p. 24). Prenons l’exemple de Bill, un étudiant de première année qui a fait un commentaire discriminatoire lors d’un projet de groupe, offensant involontairement un camarade de classe. Bien que Bill n’ait pas eu l’intention de blesser qui que ce soit, son commentaire a eu un impact réel. Les conséquences des actes de Bill ont tout de même de l’importance, et les procédures de conduite visent à combler ce fossé en favorisant la compréhension, la responsabilité et la croissance. Si le grand public associe encore les procédures de conduite à des audiences contradictoires et à des mesures punitives telles que des amendes, les professionnels-les de la discipline étudiante ont fourni des efforts délibérés pour dépasser cette perception dépassée. Dans le même temps, il existe souvent une pression, en particulier de la part de ceux et celles qui déposent des plaintes en matière de conduite, pour que les sanctions soient plus sévères. Les approches réparatrices ou éducatives peuvent parfois être interprétées à tort comme étant laxistes ou inefficaces. Cependant, la justice réparatrice exige du courage, de la créativité et, dans certains cas, peut inclure des sanctions (par exemple, des ordonnances d’interdiction de contact ou la perte de privilèges) afin de garantir la sécurité et la confiance dans le processus. Ces mesures ne remettent pas en cause la nature réparatrice de l’approche, mais peuvent au contraire la compléter, en particulier lorsqu’elles sont conçues pour protéger la sécurité des personnes lésées tout en permettant la responsabilisation et la guérison. L’accent est désormais mis sur la reconnaissance du préjudice causé par certains comportements et sur la collaboration avec les étudiants-es afin d’obtenir des résultats significatifs. Cette approche s’appuie sur des recherches et des pratiques exemplaires qui démontrent qu’elle est plus efficace pour favoriser la responsabilisation et résoudre les cas d’inconduite non académique.
Tableau 1
Approches réparatrices et punitives
| APPROCHE RÉPARATRICE | APPROCHE PUNITIVE | |
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| CARACTÉRISTIQUES |
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| OBJECTIF |
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| RÉSULTATS |
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| EXEMPLE
UN ÉTUDIANT EN RÉSIDENCE VOLE LES BIENS D’UN AUTRE ÉTUDIANT. |
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Remarque : Karp 2013; Karp & Sacks 2014; Schrage & Giacomini, 2020; Sullivan & Witenstein, 2022; Zehr, 2002
Définition du terme « quasi judiciaire » :
Une audience quasi judiciaire est une procédure formelle, similaire à une procédure judiciaire, au cours de laquelle des administrateurs-trices (et non un-e juge officiel-le) décident si un-e étudiant-e a enfreint les règles et déterminent les sanctions appropriées. L’accent est mis sur la recherche des faits et la discipline, plutôt que sur la réparation du préjudice (Legal Information Institute (LII), s.d.).
