Bref contexte historique (Young, 2020):
Un moment charnière dans l’évolution des pratiques en matière de conduite étudiante et de santé mentale des étudiants-es s’est produit le 16 avril 2007, lorsqu’un étudiant a ouvert le feu à Virginia Tech, aux États-Unis, tuant 32 étudiants-es et membres du corps enseignant. À la suite de cette tragédie, les établissements d’enseignement postsecondaire, en particulier aux États-Unis, ont commencé à réévaluer la manière dont ils identifient et réagissent face aux étudiants-es qui suscitent des inquiétudes. Cette tragédie a mis en évidence des lacunes critiques dans la communication, les systèmes de soutien et la coordination des interventions, en particulier pour les étudiants-es présentant des signes précurseurs de détresse. Au fil du temps, cela a catalysé un changement dans les établissements d’enseignement postsecondaire vers des approches plus intégrées et préventives, reconnaissant que le comportement des étudiants-es et leur santé mentale ne sont pas des préoccupations distinctes, mais interdépendantes.
Bien que le contexte canadien soit différent, notamment en ce qui concerne l’accès aux armes à feu et les protocoles de sécurité sur les campus, l’incident de Virginia Tech a néanmoins influencé les discussions internationales sur le soutien au corps étudiant et l’évaluation des risques. En conséquence, des rôles tels que ceux de gestionnaires de cas et d’équipes d’intervention comportementale ont été créés dans de nombreux campus afin d’aborder la question des étudiants-es de manière plus holistique, dans le but de garantir que ceux-ci et celles-ci reçoivent un soutien avant que leurs comportements ne s’aggravent.
En Ontario, ce changement a été encore souligné par l’incident survenu en 2023 à l’université de Waterloo, où 2 membres du corps étudiant et une enseignante ont été poignardés es dans un cours d’études sur le genre (CBC News, 2023). Bien que de tels événements tragiques soient rares au Canada, ils ont suscité des inquiétudes quant à la sécurité sur les campus et ont mis en évidence la nécessité d’adopter des approches plus globales en matière de bien-être étudiant. À la suite de cet incident, de nombreux membres du corps enseignant et du personnel des établissements canadiens ont commencé à contacter les services chargés de la conduite étudiante pour obtenir de l’aide.
De plus, la pandémie de COVID-19 a posé des défis sans précédent aux établissements d’enseignement postsecondaire, intensifiant les problèmes liés au comportement étudiant. L’isolement prolongé, la perturbation des routines et l’incertitude ont entraîné une augmentation des troubles de santé mentale chez les étudiants-es (Savage et al., 2020), ce qui a eu des effets notables sur la vie du campus.
Des tendances comportementales spécifiques sont apparues, tant pendant qu’après le retour à l’enseignement en présentiel. Les environnements d’enseignement en ligne ont connu une augmentation des comportements perturbateurs tels que les bruits de fond, le désengagement, l’absentéisme et la distraction (Baysal & Ocak, 2021). Lorsque les étudiants-es sont retournés-es sur le campus, beaucoup ont rencontré des difficultés en matière de régulation émotionnelle et d’interactions sociales, ce qui a entraîné une augmentation des conflits interpersonnels, des difficultés à respecter les normes communautaires, une augmentation des jurons et une baisse de la patience (Oxley et al., 2023). La pandémie a également introduit de nouveaux facteurs de stress financiers et académiques, qui ont encore affecté la capacité des étudiants-es à gérer leurs responsabilités et leur bien-être général sur le campus (Ihm et al., 2021). Ces changements sont évidents dans la vie quotidienne sur le campus, qu’il s’agisse de la vie en résidence, de la participation en classe ou des demandes accrues adressées aux services de soutien au corps étudiant et aux bureaux de la conduite.
Pour plus d’information sur la régulation émotionnelle, veuillez consulter la fiche d’information du CISMC.
Il est important de noter que la majorité des cas de conduite étudiante ne concernent pas directement des problèmes de santé mentale et ne sont généralement pas liés à des étudiants-es déjà suivis par une équipe d’intervention comportementale. La plupart des cas de conduite étudiante sont liés à la gestion du comportement et à des questions disciplinaires plutôt qu’à des problèmes de santé mentale sous-jacents. Cependant, à mesure que les campus continuent d’évoluer, on reconnaît de plus en plus que les problèmes de comportement peuvent parfois être le signe d’une détresse ou de besoins non satisfaits en matière de santé mentale (Stewart et al., 2016), même si tous les cas ne sont pas liés à des problèmes de santé mentale.
Le milieu postsecondaire connaît actuellement un changement important dans la manière dont le comportement et la santé mentale des étudiants-es sont compris et traités. Les troubles du comportement sont de plus en plus reconnus comme étant complexes, et les communautés universitaires adoptent des approches plus compatissantes, attentives et coordonnées pour traiter la conduite étudiante, tout en faisant la distinction entre les problèmes de conduite et les problèmes de santé mentale.
Les établissements d’enseignement postsecondaire à travers le Canada constatent des besoins plus complexes chez les étudiants-es, une demande accrue de services de santé mentale et une prise de conscience accrue des obstacles systémiques qui ont une incidence sur le bien-être et le comportement des étudiants-es (Canadian Association of College & University Student Services [CACUSS] et Association canadienne pour la santé mentale [ACSM], 2013). L’accent est de plus en plus mis sur les pratiques tenant compte des traumatismes, l’évaluation et l’atténuation des risques, et les stratégies de réduction des méfaits (Ritsma, 2020). Parallèlement, les établissements d’enseignement postsecondaire doivent composer avec des ressources limitées, les demandes de transparence et la nécessité de trouver un équilibre entre le soutien individuel et la sécurité de la communauté (CACUSS et ACSM, 2013 ; Thaivalappil et al., 2023).
Pour des conseils pratiques, consultez notre trousse d’outils du CISMC sur les pratiques et les soins tenant compte des traumatismes et la réduction des méfaits.
Les systèmes de conduite étudiante ont évolué, passant de l’application des règles à des approches axées sur l’éducation, le soutien et la restauration. Ce changement est soutenu par l’intégration des équipes d’intervention comportementale, des stratégies de gestion des cas et la collaboration entre les services étudiants, les facultés universitaires et les services de santé et de bien-être sur l’ensemble du campus. Dans ce contexte dynamique, cette trousse d’outils sert de pont entre la compréhension et l’action, en dotant les campus des connaissances nécessaires pour naviguer dans la complexité avec confiance et attention.
