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La nature des problèmes de santé chroniques explique souvent pourquoi les étudiants-es ont du mal à les gérer, mais aussi pourquoi leur entourage peut mal les comprendre et, sans le vouloir, les empêcher de se sentir compris et soutenus.

1. Problèmes de santé invisibles vs problèmes de santé visibles

Les problèmes de santé chroniques sont souvent invisibles et, par conséquent, plus susceptibles d’être mal compris.

  • Exemple : Un étudiant atteint du syndrome du côlon irritable peut être amené à se rendre souvent aux toilettes pendant les cours. Vu de l’extérieur, cela peut être considéré comme perturbateur, car il ne s’agit pas d’un problème de santé visible.

Tout aspect visible d’une maladie chronique peut également être mal compris par le public si une éducation et une sensibilisation adéquates ne sont pas fournies.

  • Exemple : une étudiante souffrant d’une affection thyroïdienne ou une étudiante qui commence à prendre des médicaments psychotropes pour traiter un trouble mental peut prendre du poids. En raison de la stigmatisation liée au poids et/ou de la culture toxique du fitness, elles peuvent être considérées comme « en mauvaise santé » ou « paresseuses ».

Parfois, l’affection n’est visible qu’en raison du traitement ou de la présence d’un outil d’accessibilité. (Exemple : la présence d’une aide à la mobilité ou des changements physiques tels que la perte de cheveux due aux médicaments)

Lorsque les problèmes de santé chroniques sont invisibles :

  • Les gens ont souvent tendance à juger ou à mal comprendre.
  • Il est plus difficile pour les personnes atteintes de ces maladies de demander de l’aide, en particulier un soutien continu, en raison de la stigmatisation.
  • La charge de prouver que leur problème de santé les affecte peut être une expérience frustrante et répétitive, en particulier lorsqu’elles tentent d’obtenir un diagnostic.
  • Dans une étude qualitative menée auprès d’étudiants-es universitaires britanniques vivant avec des problèmes de santé chroniques, les participants-es ont déclaré que, leur handicap étant invisible, ils et elles étaient souvent moins bien acceptés-es et compris-es que s’il avait été visible (Hamilton et al., 2023).

2. Nature épisodique (fluctuations)

Les symptômes des problèmes de santé chroniques peuvent s’aggraver ou être exacerbé pour de nombreuses raisons. L’un des principaux facteurs contribuant à ces poussées peut être le stress (Commission de la fonction publique du Canada, 2007). Il a été démontré que le stress a un impact direct et indirect sur les problèmes de santé chroniques (par exemple, manque de sommeil, manque de temps pour prendre soin de soi, etc.) et comme la période postsecondaire peut être extrêmement stressante, les poussées peuvent être fréquentes. Lorsque les poussées sont imprévisibles, les étudiants-es sont incapables de s’y préparer et peuvent avoir du mal à s’acquitter de leurs responsabilités scolaires.

3. Nature chevauchante (multimorbidité)

Comme mentionné dans le tableau 1, de nombreux systèmes de l’organisme peuvent être touchés par une seule maladie chronique, ce qui peut entraîner la coexistence de plusieurs maladies chroniques (Whitson & Boyd, 2024).

  • Exemple : Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) affecte le système reproducteur (notamment la fertilité et le cycle menstruel). Cependant, il est également associé à une sensibilité à l’insuline et peut augmenter le risque de diabète de type 2 (Purwar & Nagpure, 2022).

Ces différents symptômes dans différentes parties du corps peuvent souvent s’alimenter indirectement les uns les autres et aggraver l’état de santé. Pour cette raison, les étudiants-es peuvent avoir besoin d’un soutien qui va au delà des soins prodigués par un médecin généraliste et qui traite chaque composante de leurs symptômes grâce à une équipe de professionnels de la santé. Cela peut être un processus extrêmement épuisant si les soins dont ils et elles ont besoin ne sont pas facilement accessibles.

Les soins de santé au Canada

Il est important de noter qu’il peut être extrêmement difficile d’obtenir des soins interprofessionnels dans le système de santé canadien. Le Canada continue d’accuser un retard dans la prise en charge des maladies chroniques (Nasmith L. et al., 2010), avec une amélioration minime de la prestation et de la coordination des soins primaires au cours de la dernière décennie (Aggarwal et al., 2023). Depuis 2014, le taux de croissance du nombre de médecins de famille a diminué de près de 50 % (Institut canadien d’information sur la santé, 2024) et environ 35 % des Canadiens-nes attendent plus de 3 mois pour une première consultation avec un médecin spécialiste (Statistique Canada, 2025). Par rapport à d’autres pays développés, le Canada affiche des résultats médiocres en matière de coordination des soins ; les médecins signalent une mauvaise communication entre les prestataires de soins de santé et un manque de personnel, ce qui peut entraîner une fragmentation des soins et avoir un impact négatif sur les résultats pour les patients-es (Zhang, 2025).

Pour les étudiants-es vivant avec des maladies chroniques, ces défis systémiques peuvent les épuiser physiquement et émotionnellement dans leur navigation au sein d’un système de santé qui n’est pas encore entièrement équipé pour soutenir les patients-es ayant des besoins complexes et continus.