On parle de comportement d’achat compulsif (CAC) lorsqu’une personne se livre à des achats excessifs et répétitifs d’articles qui, la plupart du temps, ne sont pas utilisés, et qui entraînent généralement des conséquences financières importantes. Les acheteurs-ses compulsifs-ves ressentent un besoin avant et au moment de l’achat, mais sont régulièrement déçus-es par ce qu’ils et elles achètent (Weinstein et al., 2016). Le CAC est fortement corrélé aux traumatismes et aux abus subis pendant l’enfance et est souvent motivé par des sentiments de faible estime de soi, de solitude, de dépression ou d’anxiété (Elbarazi, 2023 ; Richardson et al., 2024). Selon certaines estimations, 80 à 95 % des personnes touchées sont des femmes (Black, 2001). Les études montrent que les jeunes adultes, dans la tranche d’âge post-secondaire, ont des taux de prévalence plus élevés de CAC, et avec la disponibilité généralisée des achats en ligne, la livraison à domicile et la glamourisation de la surconsommation, l’achat compulsif peut être difficile à identifier (Maraz et al., 2016).
Les personnes aux prises avec un comportement d’achat compulsif sont probablement aux prises avec des problèmes de santé mentale concomitants (Black, 2001). Il peut s’agir de:
- dépression
- anxiété
- trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH)
- trouble obsessionnel compulsif (TOC)
- trouble de la personnalité limite (TPL)
- troubles liés à la consommation de substances
- troubles de conduites alimentaires
En général, pour que l’achat compulsif devienne un problème clinique, il doit y avoir un dysfonctionnement personnel ou une détresse dans la vie sociale, financière et professionnelle de l’individu en raison de ses comportements d’achat. Le dysfonctionnement est moins lié à l’impact des articles eux-mêmes (bien que la thésaurisation soit un trouble concomitant important à connaître) qu’au fort désir d’acheter, à la pression financière associée et à la difficulté de contrôler ces actions en dépit de leur impact. Les tentatives de suppression ou de contrôle de l’envie d’acheter de manière compulsive peuvent produire des émotions fortes qui contribuent encore plus à la détresse de la personne. Inversement, l’achat d’articles peut encore susciter des sentiments négatifs tels que la colère, l’auto-accusation, la honte, la culpabilité et l’embarras, laissant ainsi la personne enfermée dans un cycle destructeur (Elbarazi, 2023).
Les signes du CAC sont les suivants (Koran et al., 2006 ; Weinstein et al., 2016):
- des envies répétitives, irrésistibles et oppressantes d’acheter des biens qui sont souvent inutiles et/ou inutilisés
- faire des achats pendant des périodes plus longues que nécessaire
- pulsions d’achat en réponse à des émotions négatives, difficiles ou intenses
- tendance à dissimuler ses achats
Le soutien aux étudiants-es qui luttent contre le CAC devrait impliquer, dans la mesure du possible, des prestataires de santé mentale clinique. Bien que les données probantes soient peu nombreuses et peu concluantes en ce qui concerne les interventions psychothérapeutiques ou pharmacologiques fondées sur des données probantes, la thérapie de groupe est un service de soutien prometteur (Hague et al., 2016 ; Lourenço Leite et al., 2014). D’autres stratégies individuelles utiles pour réduire les méfaits des achats compulsifs peuvent inclure (Thomas et al., 2024):
- fixer une limite hebdomadaire ou quotidienne aux dépenses
- n’acheter qu’avec des montants limités d’argent liquide
- laisser les cartes de crédit et de débit à la maison
- réduire les options « acheter maintenant, payer plus tard »
- développer une culture financière sur des sujets tels que la gestion des cartes de crédit, l’établissement d’un budget et l’épargne
- suivre l’évolution de ses finances ou rencontrer un-e conseiller-ère financier-ière pour suivre ses habitudes de dépenses
- réduire l’exposition aux médias qui peuvent montrer la surconsommation ou les publicités (par exemple, expériences de magasinage sur les médias sociaux, les courriels de promotion).
- trouver d’autres activités que le magasinage lorsque l’on ressent des émotions négatives
- reconnaître les déclencheurs et les émotions qui conduisent à des achats impulsifs, en particulier pendant le temps des Fêtes
- développer des stratégies de régulation des émotions (par exemple, la pleine conscience)
Les jeunes ont besoin d’un soutien spécialisé en matière d’achats compulsifs, car à l’heure actuelle, le principal soutien dans ce domaine peut être un-e professionnel-le de la santé mentale ou un-e conseiller-ère financier-ière.
Pleins feux sur le campus
Dr Sunghwan Yi, professeur à l’université de Guelph qui étudie les achats compulsifs, utilise ses travaux pour créer des outils tels que des auto-évaluations en ligne dans l’espoir d’aider les gens à identifier leurs habitudes d’achat ainsi que les signes précurseurs d’une perte de contrôle de leurs habitudes d’achat. Pour en savoir plus sur ses travaux, cliquez ici.
RÉFLEXION :
Comment la culture, le statut socio-économique et/ou l’éducation peuvent-ils influencer la susceptibilité des étudiants-es à l’achat compulsif ?
