Pratiques évaluées

Soutien, sécurité et inclusion en milieu postsecondaire

Le premier pilier stratégique de la Norme concerne l’établissement d’un environnement postsecondaire propice, sécuritaire et inclusif. Selon la Norme, il s’agit d’un environnement qui « contribue à créer une culture institutionnelle qui favorise la santé mentale et le bien-être des étudiants » (Association canadienne de normalisation [CSA], 2020). Ce pilier souligne l’importance de l’inclusion et de la sécurité dans les environnements physiques, sociaux, numériques et scolaires.

Un projet de recherche interventionnelle de 3 ans intitulé le « Projet Campus solidaire » (Caring Campus Project), visant à promouvoir la sensibilisation aux intersections entre le genre, la santé mentale et la consommation d’alcool, a été mené sur 3 campus universitaires canadiens (Stuart et al., 2018). Les auteurs-trices ont constaté que les étudiants masculins de première année étaient prêts à assumer des rôles de leadership pour promouvoir la santé mentale et une consommation d’alcool plus saine parmi leurs pairs (Stuart et al., 2018). Les auteurs-trices concluent que les stratégies d’autonomisation ont encouragé avec succès les étudiants masculins à recruter des pairs partageant les mêmes idées pour faire progresser la santé mentale des hommes à l’université et transformer les cultures de consommation d’alcool sur le campus (Stuart et al., 2018). Les stratégies d’autonomisation utilisées comprenaient l’utilisation de sommets étudiants, l’éducation sur place, la création d’un continuum de consommation de substances, et la diffusion d’informations sur les schémas de consommation de substances réels sur le campus, ainsi que sur les perceptions de la consommation de substances et les normes sociales positives (Stuart et al., 2018). Cette intervention particulière se concentre sur la sécurité dans les environnements physiques et sociaux et s’aligne donc sur le premier pilier de la Norme.

Une autre intervention qui a été évaluée dans 6 provinces canadiennes (Wei et al. 2021) et qui cible les ressources que les étudiants-es utilisent déjà pour promouvoir le bien-être mental est le programme « Go-To Educator Training ». Ce programme de type « gardien » forme les éducateurs-trices vers lesquels les étudiants-es se tournent naturellement pour obtenir du soutien, afin d’améliorer leurs connaissances en matière de santé mentale et leurs compétences en matière d’identification précoce, et afin de réduire la stigmatisation (Wei et al. 2021). Wei et ses collègues ont constaté que le programme a permis d’améliorer considérablement les connaissances et de réduire considérablement la stigmatisation chez ces éducateurs-trices, dans toutes les provinces. En ciblant les connaissances en santé mentale du corps professoral, cette intervention est susceptible d’avoir le plus grand impact sur la culture du campus et de créer une sécurité au sein de cette culture, ce qui correspond au premier pilier de la Norme.

Dans le cadre d’une intervention similaire, le collège Algonquin a conçu un cours de formation en ligne de 1 heure à l’intention des membres du corps enseignant afin qu’ils comprennent leur rôle dans le soutien aux étudiants-es ayant des problèmes de santé mentale, dans le but d’améliorer les attitudes du corps enseignant à l’égard des étudiants-es ayant des problèmes de santé mentale. Le cours intègre une éducation sur place sous la forme de clips vidéo d’étudiants-es ayant souffert d’une maladie mentale (Stuart, Koller & Armstrong, 2014). Les résultats de l’étude portant sur cette intervention ont montré que le programme a permis d’améliorer considérablement la proportion de membres du corps enseignant qui ont répondu correctement à au moins 80 % des questions (avec des réponses non stigmatisantes) lors du post-test par rapport au pré-test, indiquant ainsi des scores de stigmatisation plus faibles (Stuart, Koller & Armstrong, 2014). Ce programme cible également les connaissances du corps enseignant en matière de santé mentale et créera probablement un climat de sécurité dans l’environnement universitaire, ce qui est conforme au premier pilier de la Norme.

Littératie, éducation et réduction de la stigmatisation

Le deuxième pilier stratégique de la Norme comprend la promotion de la sensibilisation à la santé mentale et la « compréhension des facteurs qui contribuent à une santé mentale positive » (CSA, 2020), diminuant ainsi la stigmatisation entourant les problèmes de santé mentale et encourageant à une culture de recherche d’aide. Ce pilier vise à améliorer les compétences et la compréhension de tous les membres de la communauté postsecondaire, y compris le corps étudiant, le corps enseignant et le personnel. Certaines interventions du pilier précédent s’alignent également sur ce pilier, notamment le programme « Go-To Educator Training » et le cours de formation en ligne conçu par le collège Algonquin, qui s’attaquent tous deux à la stigmatisation parmi les membres du corps enseignant.

« Transitions » est une ressource de compétences de vie fondée sur des données probantes, conçue pour aider le corps étudiant à passer du secondaire au collège ou à l’université. Gilham et al. ont évalué une série de séminaires sur la connaissance de la santé mentale animés par des pairs et destinés aux étudiants-es, basés sur le contenu de « Transitions » relatif à la santé mentale. Les résultats ont indiqué qu’après la séance de formation, les participants-es au séminaire avaient amélioré de manière significative leurs scores de connaissances et d’efficacité en matière de recherche d’aide (Gilham et al., 2018). Ces résultats suggèrent que l’utilisation de la ressource « Transitions » et d’une brève présentation PowerPoint peut être adéquate et avoir un impact positif sur la connaissance de la santé mentale des étudiants-es des collèges (Gilham et al., 2018). Cette intervention, qui met l’accent sur l’augmentation des compétences des étudiants-es en matière de santé mentale, s’aligne sur le deuxième pilier de la Norme.

Dans le même ordre d’idées, l’Université Queen’s a mis en place un cours interdisciplinaire facultatif, donnant droit à crédit, sur la connaissance de la santé mentale pour les étudiants-es de premier cycle (King et al., 2022). Ce cours vise à donner au corps étudiant une compréhension fondée sur des données probantes sur la façon de prendre soin de leur santé mentale et de leur bien-être, de reconnaître les problèmes de santé mentale et de chercher de l’aide lorsque ces problèmes surviennent (King et al., 2022). Dans le cadre d’une étude pilote visant à évaluer l’efficacité du cours, les étudiants-es ont répondu à un questionnaire avant et après le cours de 12 semaines, qui évaluait leurs connaissances en matière de santé mentale, leur conscience émotionnelle, leur santé mentale, la stigmatisation et d’autres mesures liées à la santé (King et al., 2022). Les participants-es au cours avaient une meilleure connaissance de la santé mentale et une meilleure conscience de soi sur le plan émotionnel une fois le cours terminé, étaient moins susceptibles de consommer du cannabis ou de l’alcool et avaient une meilleure qualité de sommeil à la fin du trimestre (King et al., 2022). Comme l’intervention précédente, ce cours vise à accroître les connaissances des étudiants-es en matière de santé mentale et de bien-être, ce qui correspond au deuxième pilier.

Enfin, le programme « L’esprit curieux » est un programme fondé sur des données probantes de la Commission de la santé mentale du Canada, qui vise à promouvoir la santé mentale et à réduire la stigmatisation de la maladie mentale dans le contexte postsecondaire (Szeto et coll., 2021). Szeto et al. ont évalué l’efficacité du programme « L’esprit curieux » auprès d’étudiants-es de 16 établissements postsecondaires canadiens à l’aide d’une approche méta-analytique. Les résultats ont montré que le programme « L’esprit curieux » améliorait la résilience et diminuait les attitudes stigmatisantes, et que ces effets étaient pour la plupart maintenus après 3 mois, ce qui suggère qu’il s’agit d’un programme efficace de connaissance de la santé mentale pour les étudiants-es du postsecondaire (Szeto et al., 2021). Une fois de plus, cette intervention met l’accent sur l’amélioration des connaissances des étudiants-es et s’aligne donc sur le deuxième pilier de la Norme.

Accessibilité

Le troisième pilier stratégique de la Norme concerne « l’obligation de prendre des mesures d’adaptation sans discrimination ni contrainte excessive » (CSA, 2020). L’objectif de ce pilier est d’aider les étudiants-es à rester dans leur établissement d’enseignement postsecondaire et de leur fournir les outils qui leur permettront de s’épanouir. Il existe un manque général d’études visant à connaitre les impacts des mesures d’adaptation académiques et d’autres considérations d’accessibilité sur la santé mentale des étudiants-es de l’enseignement postsecondaire au Canada. Ainsi, une seule étude, qui évaluait une intervention en matière d’accessibilité pour les étudiants-es de l’enseignement postsecondaire, a été trouvée.

Une étude de cas réalisée à l’université McMaster s’est penchée sur l’expérience d’étudiants-es en situation de handicap alors qu’ils et elles étaient invités-es à s’associer à des services d’accessibilité pour tester un site Web accessible (Brown et al., 2020). Les résultats qualitatifs de l’étude indiquent que les étudiantses en situation de handicap ont eu l’impression que leurs connaissances en matière de handicap étaient reconnues comme précieuses et que cela renforçait leur sentiment d’appartenance au campus (Brown et al., 2020). Les auteurs-trices concluent qu’une approche de partenariat qui intègre les étudiants-es en situation de handicap est bénéfique, car elle valide et tire parti de leur expertise spécifique (Brown et al., 2020). Cette intervention, qui met l’accent sur l’amélioration de l’accès des étudiants-es en situation de handicap, s’aligne clairement sur le troisième pilier stratégique de la Norme.

Intervention précoce

Le quatrième pilier de la Norme consiste à doter la communauté postsecondaire « des connaissances nécessaires pour reconnaître les étudiants-es qui présentent des signes avant-coureurs de problèmes de santé mentale et de bien-être, intervenir auprès d’eux et les orienter vers des ressources et des services appropriés ». Ce pilier se concentre sur le dépistage des besoins psychosociaux des étudiants-es, la formation de la communauté aux signes de détérioration de la santé mentale et la mise en place de guides pour aider les étudiants-es à se connecter aux ressources appropriées. Certaines interventions des piliers précédents s’alignent également sur ce pilier, en particulier le programme « Go-To Educator Training », qui cible les compétences des éducateurs-trices en matière d’identification précoce.

Une autre intervention qui s’aligne sur ce pilier est HEARTSMAP-U, un outil d’autodépistage psychosocial et de soutien à la navigation dans les ressources adaptées aux étudiants-es de niveau postsecondaire (Virk et al., 2022). L’évaluation originale de HEARTSMAP a démontré de solides propriétés psychométriques, une grande utilité clinique et l’acceptabilité de l’utilisateur-trice (Virk et al., 2022). Le processus d’adaptation de HEARTSMAP-U a impliqué un examen transversal par des professionnels-es canadiens-nes de la santé mentale, ainsi qu’une série de groupes de discussion avec divers étudiants-es de l’enseignement postsecondaire, afin d’affiner l’outil (Virk et al., 2022). Dans les groupes de discussion, la plupart des étudiants-es a estimé que les domaines psychosociaux de l’outil s’appliquaient à leur expérience vécue et que HEARTSMAP-U reflétait les défis qu’ils et elles rencontrent dans le contexte postsecondaire (Virk et al., 2022). Cet outil d’autodépistage s’aligne clairement sur le quatrième pilier de la Norme.

Mesures de soutien en santé mentale

Le cinquième pilier stratégique de la Norme implique la fourniture de soutiens à la santé mentale et au bien-être, tels que le soutien par les pairs, la cybersanté mentale, le counseling, la pleine conscience ou les programmes de plein air, entre autres. Ce pilier se concentre sur les soutiens fondamentaux qui permettent de prendre soin de la santé mentale des étudiants-es.

Le programme d’activité physique évalué par deJonge et ses collègues (2021) dans une université canadienne non nommée est une intervention qui correspond à ce pilier. Ce programme individualisé et supervisé de 6 semaines consistait en des séances hebdomadaires de 1 heure comprenant 30 minutes d’engagement dans des stratégies de changement de comportement en matière d’activité physique, suivies de 30 minutes d’entraînement à l’activité physique. Les résultats de l’étude ont montré que les participantses au programme présentaient une réduction significative des symptômes d’anxiété, de dépression et de détresse psychologique et que, dans l’ensemble, le programme constituait une approche holistique acceptable et efficace pour améliorer la santé mentale des étudiants-es (deJonge et al., 2021).

Le programme de « Communauté virtuelle de la pleine conscience » (Mindfulness Virtual Community) de l’Université York est une autre intervention qui s’aligne sur le cinquième pilier de la Norme. Ce programme sur le Web s’appuie sur les principes de la pleine conscience et de la thérapie cognitivo-comportementale et vise à réduire les symptômes de dépression, d’anxiété et de stress perçu chez les étudiants-es. Bien que le programme n’ait pas eu d’impact significatif sur les scores de dépression, d’anxiété ou de pleine conscience, selon une étude sur l’efficacité du programme, les participants-es au programme ont eu des scores de stress significativement inférieurs à ceux du groupe témoin sur liste d’attente (Ritvo et al., 2021). En mettant l’accent sur la fourniture de soutiens à la pleine conscience et à la TCC aux étudiants-es, cette intervention s’aligne sur le cinquième pilier de la Norme.

Dans une intervention similaire à l’Université Brock, « l’Expérience de la pleine conscience » (Mindfulness Experiment) a été menée en classe et dirigée par l’instructeur-trice du cours. L’intervention comprenait une présentation sur la pleine conscience, suivie d’une courte méditation de groupe (3 à 5 minutes), utilisant diverses techniques de respiration pour aider les étudiants-es à rester conscients-es du moment présent. Une étude sur l’efficacité de l’intervention a été répétée dans 9 cours sur 4 ans (Gardner et Kerridge, 2019). Les résultats montrent que la majorité des étudiants-es participants-es ont estimé que la pratique de la méditation en classe avait un effet positif sur leur santé mentale et leur apprentissage, et suggèrent en outre que la pratique a contribué à réduire les sentiments d’anxiété et à améliorer l’écoute et l’attention chez les étudiants-es participants-es (Gardner et Kerridge, 2019). Cette intervention représente un rare exemple de soutien à la santé mentale fourni par le corps professoral plutôt que par le personnel de counseling, tout en s’alignant sur le cinquième pilier de la Norme.

Le Centre de soutien par les pairs de l’Université McGill est une autre intervention qui entre dans cette catégorie. Le Centre de soutien par les pairs (CSP) travaille en étroite collaboration avec les services et les professionnels-les de la santé mentale de l’université afin d’offrir aux étudiants-es de l’université McGill un soutien gratuit, individuel et non directif sous forme d’écoute active. Le CSP compte plus de 100 bénévoles qui suivent tous une formation et des évaluations rigoureuses pour être en mesure d’aider les étudiantses. Selon une étude portant sur la viabilité du modèle de soutien par les pairs, le CSP est utilisé par des étudiants-es de sexe, de genre et d’origine ethnique différents (Suresh et al., 2021). En outre, les données montrent que les étudiants-es trouvent le centre facile à utiliser et qu’ils et elles s’y fient comme à une autre forme de soutien, en particulier lorsqu’ils et elles rencontrent des obstacles qui les empêchent d’accéder à des services professionnels tels que la thérapie (Suresh et al., 2021). Le soutien par les pairs étant explicitement mentionné dans la clause relative au soutien en matière de santé mentale, ce programme s’aligne clairement sur le cinquième pilier.

Enfin, le programme De l’intention à l’action (From Intention to Action ou FITA) est un programme de counseling et de compétences d’apprentissage fondé sur des données probantes, mis au point par l’Université Carleton et dispensé par des étudiants-es de deuxième cycle en counseling. FITA est un programme de counseling individuel de 12 semaines qui commence par une évaluation holistique et une séance de retour d’information. Les résultats d’une étude évaluant l’efficacité de FITA ont montré que les participants-es qui ont été orientés-es vers le programme parce qu’ils et elles avaient été identifiés-es comme étant débordés-es, ont considérablement amélioré leur santé mentale et leur bien-être au cours du programme (Bilodeau et Meissner, 2018). Ces résultats suggèrent qu’un programme tel que FITA peut être une approche réalisable pour soutenir les étudiants-es vulnérables en répondant à leurs besoins (Bilodeau et Meissner, 2018). En fournissant directement du counseling, ce programme s’aligne bien sur le cinquième pilier de la Norme.

Gestion de crises et postvention

Le sixième et dernier pilier stratégique de la Norme implique une réponse efficace aux situations de crise, ainsi qu’un soutien après la crise ou l’événement critique. Ce pilier se concentre sur l’élaboration de processus et de protocoles de gestion de crise, par le biais de campagnes de sensibilisation, de formations et de la mise à disposition de ressources.

En 2006, la fondation JED a publié son Cadre pour l’élaboration de protocoles institutionnels pour les étudiants en détresse aiguë ou suicidaires (Framework for Developing Institutional Protocols for the Acutely Distressed or Suicidal College Student). Ce cadre a été élaboré par un groupe d’experts-es dans le cadre d’une table ronde réunissant des administrateurs-trices d’établissements d’enseignement supérieur, des conseillers-ères d’établissements d’enseignement supérieur et d’autres professionnels-les de la santé mentale, ainsi que des avocats-es spécialisés-es dans les questions relatives aux établissements d’enseignement supérieur. Un article de Washburn et Mandrusiak (2010) décrit le processus de mise en œuvre de ce cadre à l’Université de la Colombie-Britannique. L’article met en évidence un certain nombre de nouveaux programmes, notamment une formation de gardien-ne, une équipe d’intervention en cas de crise, et une politique et des procédures améliorées de gestion des crises, en fournissant un soutien empirique pour ces programmes à partir de la littérature internationale (Washburn et Mandrusiak, 2010). Les données initiales recueillies dans le cadre de cette mise en œuvre suggèrent que la formation des gardiensnes de l’UBC a permis d’accroître les compétences en matière de connaissances et a eu un impact favorable sur les comportements (Washburn et Mandrusiak, 2010).

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